TEN…KA…RABOTER !

Ne me demandez pas d’où m’est venue l’idée pour le moins farfelue de réaliser une canne à Tenkara en bambou refendu; sans doute mon attirance inconditionnelle pour les défis car la longueur d’une telle canne et la souplesse du bambou s’opposent ( à priori ) pour ce type de construction.

Le poids tout d’abord est un handicap. La masse volumique du bambou est importante et n’est pas vraiment en adéquation avec la légèreté des cannes à Tenkara en carbone de dernière génération (60 à 80 grammes pour des cannes de 3m60 et plus).

D’autre part, la souplesse du bambou a une fâcheuse tendance à transformer les cannes supérieures à 9 pieds en « nouilles », relativement déconcertantes d’utilisation.

Et pourtant, à force de recherches, j’ai fini par trouver sur un blog « empoussiéré » que ce type de canne avait déjà été réalisée par un américain. Il n’en fallait pas plus pour me décider. Voici les principales étapes de la fabrication, ainsi que ces particularités techniques.


Caractéristiques

La longueur retenue est de 3m20 ( 10,5 pieds ) , ce qui est la longueur minimale pour une canne à Tenkara.

Histoire de « pimenter » un peu l’aventure, le nombre de sections choisi est de 8, contrairement aux 3 brins de la canne dont je me suis inspirée. Ce choix a été fait pour des questions de facilité de transport et pour pouvoir loger la canne dans la poche arrière de mon gilet de pêche.

Cette longueur réduite des brins offre également l’avantage d’éviter tous les noeuds du bambous, distants sur un tronc d’environ 50 cm.

Le tableau du seul profil trouvé sur internet, modifié pour la prise en compte d’emmanchements spéciaux, est le suivant :


Taille et finition des brins

Une canne en 8 sections nécessite la bagatelle de … 48 baguettes.

Cela ferait un magnifique jeu de MIKADO.

 

L’alvéolage, indispensable pour une telle construction, aboutit à un gain de poids supérieur à 20 grammes.


Les emmanchements

Là aussi, la recherche de l’allègement, ainsi que la volonté de supprimer les multiples points durs que pourraient constituer les 7 emmanchements ont guidé mon choix. Le système imaginé combine le carbone (mâle) et le bambou (femelle ). Ceci a nécessité de modifier le profil au droit des emmanchements. Augmentation des côtes sur plat côté femelle, et diminution côté mâle.

Des bagues en maillechort de 0,2 mm d’épaisseur renforcent les zones les plus sollicitées.

Le dernier emmanchement (scion) est réalisé en maillechort en raison du diamètre très faible des brins.


La poignée

Pour cette partie de la canne, même combat : cure d’amaigrissement.

La rigidité de la poignée en liège est réalisée au moyen d’un tube en carbone mince haute résistance ( ø 11, épaisseur 0,8 mm ).

La forme de cette poignée en « double cigare », est un peu inédite. Elle autorise à la main porteuse le choix entre 2 positions en fonction de la distance à laquelle on souhaite pêcher; la position avancée étant moins fatigante que l’autre.


Le porte-ligne

Lorsque j’ai présenté mon projet sur le forum-gillum , l’un de ses membres m’a proposé avec une extrême gentillesse de confectionner cet accessoire réalisé en titane et gravé main.

J’ai bien entendu accepté et je tiens à le remercier chaleureusement car sa contribution a apporté une sacrée note de raffinement à ma canne ! Et pour ceux qui ne parlent pas couramment le japonais, il est inscrit « tenkara » sur l’un des deux supports.


Housse et étui

Pour chacune de mes cannes, je fais appel à ma chère Maman qui s’empresse de me réaliser une housse parfaitement adaptée à la situation.

Quand à l’étui, je l’ai confectionné en cuir afin de pouvoir le loger facilement dans la poche arrière du gilet de pêche. La résistance de la poignée en liège suffit à sécuriser l’ensemble.

   


L’action

Vous devez bien imaginer qu’il me tardait d’essayer de propulser une soie avec cette canne qui m’a demandé environ 3 mois de boulot, soit un temps estimé à près de 200 heures.

Les premiers essais ont été un peu décevants car j’avais tendance à vouloir reproduire un mouvement assez dynamique, similaire à celui d’une canne à mouche traditionnelle, ce qui occasionnait un « rebond » en fin de lancer et un retour de la soie.

Puis, je suis petit à petit « rentré » dans l’action de la canne avec des lancers très « souples » terminés par un petit coup de fouet.

Dans ces conditions, la canne a donné toute sa mesure et j’avoue avoir été bluffé de constater comment la mouche pouvait se poser à presque 9 mètres avec un mouvement minimaliste.


Vivement l’ouverture pour l’essayer sur mes très chères Nives du Pays Basque !!!


 

Fermeture

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Dans le calendrier de tout pêcheur à la mouche qui se respecte, il est une date qui revêt un caractère émotionnel tout particulier : la fermeture.

Bien sur, passé ce 3ème week end de septembre, les  mois à venir ne se résument pas à devoir se terrer en bougonnant devant son étau et sa table de montage.

Tout d’abord, certaines rivières de deuxième catégorie ( vous voyez à laquelle je fais notamment allusion ) déploient un tel charme en cet automne naissant que cette date cruelle du mois de septembre sera très vite oubliée en  passant des journées mémorables, dans un cadre féérique, en compagnie des fantasques thymallus thymallus.

Ensuite, chacun d’entre nous possède prés de chez lui un réservoir salvateur qui lui permettra de dérouler avec nostalgie un peu de soie et de ne pas perdre de vue les copains.

Enfin, pendant quelques mois, il conviendra de se faire « absoudre » par son entourage pour tous les week-ends passés à s’en éloigner, dans le but d’assouvir sa passion dévorante. De surcroit, cette présence rapprochée permettra d’effacer les remords accumulés, afin de se préparer dans les meilleures conditions psychologiques pour la prochaine ouverture…

Pour en revenir à cette date fatidique de la fermeture en 1ère catégorie, je redoutais, pour la première fois depuis bien longtemps, de ne pouvoir la faire sur mes rivières de prédilection, les Nives. C’était sans compter sur un bienveillant client Bayonnais qui a manifesté le besoin que je lui rende visite. J’ai bien entendu accompli mes obligations professionnelles avec empressement et me suis mis en route vendredi pour le Pays Basque.

Hélas, la météo n’a pas été de la partie et cette dernière sortie sur les Nives s’est soldée par une succession d’averses qui n’ont pas déclenché les éclosions espérées. Une jolie fario est tout de même venue me saluer.

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Quelques belles éclaircies samedi ont permis de réveiller dans mon esprit ces images que j’aime tant et qui vont me nourrir pendant l’hiver.

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Après avoir fait une halte à la bergerie qui me fournit un exceptionnel fromage de brebis et emportant ainsi avec moi un petit morceau de Pays Basque,  je suis rentré nostalgiquement vers la ville avec le sentiment du devoir accompli.

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BANCA – Le canal de la honte

Il existe à Banca ( Nive des Aldudes ) une petite centrale électrique alimentée par un canal de dérivation d’environ 1500 m. Si celui-ci était géré convenablement, tout irait bien.

Malheureusement, bien sur, la tentation est trop forte de turbiner à bloc en ne laissant à la rivière que la portion congrue. Par le passé, j’ai déjà vu à maintes reprises la rivière « agoniser » en période d’étiage, alors que le canal, profond de 2 m, débordait presque…

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Les truites se sont adaptées tant bien que mal à cette situation dictée par l’appât du gain. Beaucoup d’entre elles ont migré petit à petit dans le canal, abandonnant pour leur survie leur bel habitat naturel. Depuis quelques années, des dizaines de farios ont donc colonisé cet « appendice » de la rivière, à l’instar des migrants que l’on retrouve dans la jungle de Calais…
En septembre 2015, il s’avère qu’un arrêté préfectoral a signifié en substance au gestionnaire que le débit de la Nive ne pouvait pas être inférieur à 0,55 m3/sec. Traduisez : « laissez s’il vous plait un peu d’eau à la rivière » …
 
Et bien, savez-vous ce que j’ai découvert hier ?

Ce débit minimal ayant sans doute été atteint, le canal a été fermé à ses deux extrémités, mais plein !!!! et donc transformé en eaux closes !!!!

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Depuis combien de jours, je l’ignore mais j’ai eu la nausée de voir ces pauvres poissons errer comme des âmes en peine à la recherche de l’eau courante et oxygénée qu’on leur a honteusement volé.
Bien sur, certaines d’entre elles ont déjà le ventre en l’air. Pour les autres, je ne leur donne pas 15 jours.

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Il aurait été surement trop simple de laisser une eau courante au fond du canal sur une profondeur de 30 cm … J’en viens presque à me demander, et ça n’engage que moi, si tout ceci n’est pas délibéré !

Je suis reparti de Banca écoeuré et les larmes aux yeux.

J’ai envoyé quelques mails aux instances compétentes et contacté un garde de l’AAPPMA ainsi que la mairie de Banca. Ces derniers ont, semble t’il, pris cette affaire au sérieux.

La survie de quelques dizaines de truites farios est maintenant entre leurs mains ….

 

SLOVENIE MON AMOUR

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C’est avec des étoiles plein les yeux que j’écris cette petite news, de retour d’une semaine de pêche en Slovénie, avec mon frangin et mon meilleur pote.

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C’est la cinquième fois que je m’y rends et le plaisir est sans cesse grandissant, sans doute par le fait que ce petit pays si attachant ne se dévoile pas au pêcheur « pressé ».

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Bien sur, on ne peut pas ignorer les emblématiques Soca et Idrijca mais, s’arrêter seulement à ces deux rivières serait faire un affront à ce considérable patrimoine halieutique que possède la Slovénie. Cette année, les Baca, Sora, Trebusica et autres Sava nous ont procuré de fabuleuses émotions, sur des zones sauvages où la pression de pêche est très faible. Ombres facétieux et marmoratas nerveuses ont bien été au rendez-vous.

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Quand aux truites arc en ciel, présentes sur certains parcours et tellement décriées, elles vont encore nous laisser des souvenirs mémorables. Ces poissons sont introduits bien sur, mais ils sont sains, en parfaite condition et très sélectifs. Quel bonheur de ferrer des spécimens de 60 et + dans les puissants courants de la Soca et être mis au backing en quelques secondes !

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Enfin, mis à part ces considérations purement halieutiques, je dois avouer que je me sens bien en Slovénie. J’y ressent des ondes « positives ». Celles que l’on perçoit dans les pays qui échappent encore à la folie du modernisme galopant; un pays très attachant à taille humaine !

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Un bossu dans ma coulée

A l’occasion de nos pérégrinations halieutiques, il nous arrive à tous de vivre des mésaventures, anecdotes ou péripéties en tous genres. Celle que je vais vous raconter, vécue sur les berges de la nive des Aldudes, dépasse l’entendement.

Après le traditionnel casse-croûte du midi, je me trouvais dans un endroit particulièrement sauvage, confortablement assis en face d’une belle coulée où, depuis quelques semaines, une fario bien dodue jouait avec mes nerfs.

N’apercevant l’ombre d’un gobage, je rentrais dans un doux état de somnolence lorsque j’entendis des bruits de pas derrière moi.

Je vis alors un homme d’une cinquantaine d’années à la mine patibulaire s’asseoir sans un mot à deux mètres de l’endroit où je me trouvais.

Légèrement pétrifié, je le devins complètement quand je me rendis compte du coin de l’oeil qu’il était en train … d’enlever son pantalon et ses chaussures. Je le vis ensuite avec stupeur se mettre torse nu et se lever en direction de la rivière, vêtu d’un maillot de bain pour le moins disgracieux.

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Je n’entretiens aucune animosité particulière à l’encontre des bossus mais lorsque je constatais que cet homme l’était, et qu’il allait à l’évidence faire trempette à mes pieds, j’ai du me pincer pour vérifier que je n’étais pas en train de faire ma traditionnelle petite sieste digestive.

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Une fois arrivé au milieu de la rivière, l’homme au dos gibbeux effectua un splendide plongeon au beau milieu de la coulée que je couvais discrètement depuis presque deux heures et je crus halluciner lorsqu’il  se mit à faire quelques mouvements d’une nage pour le moins singulière..

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L’homme est ensuite revenu sur la berge. M’a t’il regardé ? Je n’en sais rien car j’ai eu soudainement un irrépressible besoin de relacer mes chaussures avec une grande application. Enfin, dans un silence de cathédrale, cette réincarnation de Quasimodo (celle-là, je ne pouvais pas la louper ! )  s’est rhabillé et s’en est allé.

Durant ce quart d’heure hallucinant, nous n’avons échangé ni un mot, ni un regard.

Bien sur, il convient de voir dans ce petit récit aucune quelconque intention de moquerie de ma part, mais simplement une envie de partager un « grand moment de solitude ».

 

LE PIERRODICATOR

Bon, je me suis un peu creusé la tête et je crois que j’ai trouvé un indicateur de touche efficace et très facile à fabriquer.

Je pars de plaques de foam à « 2 balles », oranges, blanches, jaunes ( certaines couleurs se verront mieux que d’autres en fonction de la rivière ) et d’épaisseur 1, 2 ou 3 mm en fonction du type de pêche et de la finesse recherchée.

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Je découpe ensuite des rectangles de formats multiples qui me permettront de choisir la taille au moment voulu. Je pratique 5 encoches d’un coup de ciseau à mi-largeur ( 3 d’un côté et 2 de l’autre ) … et c’est terminé.

La mise en place ultra rapide se passe de commentaire. Quand à la tenue, elle est irréprochable. J’ai pêché plus d’une heure ce we, en faisant volontairement des lancers de malade et ça n’a pas bougé.

Bien entendu, la position est réglable instantanément comme un bouchon. Pour gagner en visibilité, on peut en superposer 2, voire 3 de couleurs différentes.

Lorsqu’on pêche les rapides il arrive qu’il se gorge un peu d’eau. Une pression entre le pouce et l’index et c’est reparti pour un tour ! Et bien sur, aucun vrillage du fil quand on le démonte.

 Je ne pousserai pas le bouchon trop loin ( si j’ose m’exprimer ainsi ) en déposant un brevet lol mais ceux qui le voudront bien pourront l’appeler le « PIERRODICATOR ».

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Refendu monobrin

Pierre Pezon affirmait que les meilleures cannes en bambou refendu sont celles qui peuvent être construites d’un seul tenant. La ( ou les ) virole, en raison de son poids et de sa raideur est en effet un élément très « polluant » pour l’action de la canne.

Bien entendu, ce type de fabrication doit être réservé aux cannes courtes ( 4 à 7 pieds ), destinées à pêcher les torrents ou très petites rivières. Leur action est surprenante; 10 à 15 mètres de soie peuvent être lancés sans grande difficulté. L’absence de virole élimine en grande partie l’action « parabolique », propre aux fouets en bambou refendu.

Le modèle qui est présenté ici correspond à une 6 pieds pour soie de 3. Un emmanchement a tout de même été réalisé au niveau de la poignée. Il permet de gagner 25 précieux cm et, accessoirement, de rendre la poignée utilisable pour un autre blank car j’ai en projet une canne de 5 pieds.

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La poignée est fabriquée à partir d’un « block » de liège aggloméré ( de chez Cork4us ). Les accessoires en bois sont en amourette et benjoin. Dans un souci de minimalisme et de gain de poids, le moulinet est fixé directement sur la poignée. L’ensemble canne + moulinet pèse environ 195 grs.

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Les anneaux de départ et de pointe sont réalisés à partir d’une tranche d’agate usinée au tour et parachevés après … 4 heures de polissage. Les supports de ces anneaux sont fabriqués en maillechort brasé et les anneaux intermédiaires en fil d’acier inoxydable. Ces accessoires particulièrement délicats sont les premiers que j’ai réalisés. Il en résulte un certain nombre d’imperfections.

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Il fallait bien offrir à cette canne de beaux écrins.. La deuxième poulie « large arbor » en bois permet de ranger la soie naturelle qui se dégraderait sans doute sur le petit moyeu du moulinet.

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Renaissance

Un rendez-vous professionnel à Urrugne en milieu de semaine …cela s’appelle une aubaine en langage halieutique ! Mon client n’a pas eu beaucoup de difficulté pour me convaincre de venir lui rendre visite.
Afin d’optimiser le bilan carbone de ce déplacement ( hypocrisie quand tu nous tiens… ), j’ai subrepticement déposé mon attirail de moucheur dans le coffre de la voiture. L’appel de la rivière est parfois irrépressible, surtout après quelques mois d’abstinence.
La réussite de ce genre d’escapade improvisée repose sur la capacité à pouvoir rapidement se déconnecter des  vicissitudes quotidiennes. Ce sera chose faite dès lors que s’offriront à ma vue les premiers contreforts de ce si beau Pays Basque.
Bien que ces paysages me soient depuis longtemps familiers, c’est toujours avec un immense plaisir que je traverse Itxassou et Ustarritz, qui sont un peu les portes d’un paradis dans lequel  je pénètre avec une émotion toujours intacte.
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Bientôt, je sens cette habituelle fébrilité qui me gagne. Depuis quelques kilomètres, en contrebas de la route dont elle épouse les méandres, la Nive m’accompagne mais reste encore invisible, comme par jeu, comme par incitation au désir. Lors de mes deux dernières venues, elle n’était vraiment pas à son avantage et je redoute une nouvelle déconvenue.
J’arrive enfin à l’endroit tant attendu, là où une clairière me dévoile ma chère rivière que je retrouve enfin parée de ses plus beaux atours. Les eaux puissantes et boueuses, teintées par la terre des rives qu’elles ont sauvagement envahies au sortir de l’hiver, se sont assagies. Elles ont ici la couleur de l’émeraude ou de l’aigue marine puis, plus loin, celle de l’ambre. Les veines d’eau les plus rapides sont enveloppées par des voiles d’écume immaculée. Sur les radiers majestueux et langoureux, la rivière est translucide et donne l’illusion d’avoir disparue pour laisser la place à des plages de galets aux couleurs harmonieusement bigarrées.
Alentour, la végétation rivulaire entre en effervescence et participe également à cette éternelle renaissance en parsemant deci-delà de tendres touches de couleurs pastels.
Quel est ce peintre impressionniste de génie qui m’offre un aussi délicat tableau  ?
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Les 15 derniers kilomètres qui me restent à parcourir sont avalés sur un petit nuage et le perfide élastique avec lequel je restais encore relié à mes obligations se rompt enfin.
A Saint-Martin d’Arrossa, je quitte la grande Nive en direction de Saint Etienne de Baigorry pour longer son affluent au moins égal en beauté : la Nive de Baigorry.
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La première partie de cette journée de pêche sera médiocre mais ceci est bien anecdotique face à l’ivresse que me procure les retrouvailles avec mon très cher jardin secret.
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Pourtant, le soir approchant, ce sixième sens propre au pêcheur me donne un secret espoir. Le vent est tombé, l’air se charge d’une forte humidité et la température reste douce. Je choisi de terminer cette journée sur un de mes radiers préférés, en aval de Banca.
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Un sandwich à la main, assis sur un rocher surplombant la rivière dans laquelle j’ai plongé une petite fiole de rosé de Sancerre, je contemple les effets de lumière qui composent un fabuleux spectacle sans cesse changeant à mesure que le soleil décline derrière la cime des arbres.
Le murmure de l’eau, de rares chants d’oiseaux qui bravent encore l’approche de la nuit, quelques moutons appelant leur berger retardataire constituent les paroles du magnifique film dont je suis le spectateur privilégié. Mon sens olfactif n’est pas en reste est se délecte de l’odeur de mousse exacerbée par l’humidité ambiante et des senteurs âpres provenant sans doute d’un écobuage lointain. Le temps s’est arrêté.
Mon esprit bat la campagne mais une infime parcelle de lucidité m’intime de scruter le fil de l’eau, presque certain de ce qui va se produire.
Et le voilà enfin, ce premier insecte qui dérive à cinq mètres de moi, tel un petit voilier en détresse, bientôt suivi par un second, puis un troisième.
Encore quelques minutes et la surface de l’eau est maintenant tapissée par un défilé de Baetis Rodhani. L’état contemplatif dans lequel j’étais plongé a instantanément fait place à une excitation démesurée. Tel un indien sioux, je scrute maintenant la rivière avec jubilation.
Je n’entends plus les bruits, l’environnement n’existe plus, seule mon attention est concentrée sur cette veine d’eau nourricière. Mon regard suit chacun des insectes lentement véhiculés, au gré du faible courant.
Soudain, l’un de ces malheureux éphémère disparaît, laissant autour de lui de minces vaguelettes concentriques provoquées par le gobage d’une truite.
Je ressens un certain apaisement, esquisse un sourire béat et commence à déployer ma soie, sans aucune précipitation car  il est nécessaire de laisser un peu de temps à la belle pour se « mettre à table « .
Les gobages se font de plus en plus fréquents. Bientôt, la première truite est imitée par une congénère qui, trois mètres en amont, vient revendiquer avec autorité sa part de festin.
Le cœur battant, je commence mon approche. Je vais enfin pouvoir assouvir ma passion de pêcheur à la mouche.
La suite, je ne m’en rappelle plus vraiment, mais je sais qu’elle m’a laissé du soleil plein les yeux pendant plusieurs jours. Les deux farios m’ont fait l’indicible honneur de venir cueillir mon imitation et m’ont gratifié de farouches combats, ponctués d’un tendre baiser précédant la restitution à la rivière des inestimables présents qu’elle vient de m’offrir.
L’éclosion arrive à son terme, les poissons ont regagné leurs caches au sein de la rivière qui retrouve lentement sa quiétude, enveloppée par les premières ombres de la nuit.
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Escapade Basque avec mon petit lutin

Ce vendredi, malgré une météo bien peu favorable, l’envie de retrouver mon cher pays basque est irrésistible. Mon petit lutin, cet empêcheur de … pêcher en rond, m’a pourtant bien expliqué que les conditions seraient détestables mais qu’importe …

Bien sur, ce satané lutin ( assisté par vigicrue ) ne se trompe jamais. Arrivé à pied d’oeuvre, le constat est sans appel. La grande Nive, mais aussi le Bastan, le Laka, la Baigorry, le Laurhibar et j’en passe charrient des eaux boueuses bien peu avenantes. Si j’avais su ….

La mort dans l’âme, il ne me reste plus qu’à rebrousser chemin sans avoir pu sortir le plus petit bout de soie de mon moulinet.

Chemin ( de retour ) faisant, je me détourne machinalement de mon trajet à Banca, au niveau de la confluence entre l’Hayra et la Nive des Aldudes. Bien sur, mon petit lutin en profite pour en rajouter une couche  » tu n’as donc pas assez perdu de temps ? « …

Je persiste. Depuis plus de 40 ans que je baroude dans cette vallée, je viens de réaliser que je n’ai jamais emprunté ce charmant petit ruban de bitume qui va bientôt me plonger dans un environnement idyllique : la foret d’Hayra.

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La splendide hêtraie que je traverse pendant 20 kms, ce cours d’eau espiègle et tumultueux dans lequel je devine de belles petites farios indigènes aux robes bigarrées, et ces points de vue à couper le souffle qui s’offrent à moi au fur et à mesure que je prends de l’altitude me font rapidement oublier mes déceptions halieutiques du jour.

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Petite parenthèse pour préciser que ce ruisseau portant le même nom que la forêt qu’il traverse (l’Hayra) a été récemment classé en no-kill sur prés 15 km, en raison d’une crue dévastatrice (juillet 2014).

C’est une sage décision.

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Enfin, suprême récompense au détour d’un virage, je me trouve nez à nez avec un vautour fauve que je peux approcher à moins de 5 mètres. Ce fait exceptionnel peut s’expliquer par la proie toute fraiche qui gît devant lui et qu’il ne veut sans doute pas abandonner.

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2 ou 3 pas de plus et l’animal fascinant prend son envol.

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Je peux maintenant m’en revenir, accompagné de mon petit lutin qui est devenu muet.

Je n’ai pas perdu ma journée. Le pays Basque m’a encore beaucoup donné !

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Jim Harrison

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… je me promène dans les champs déserts, les canyons, les bois,

mais de préférence prés d’un torrent car depuis l’enfance j’aime leur bruit.

L’eau vive est à jamais au temps présent, un état que nous évitons assez douloureusement.


Jim Harrison ( James de son vrai prénom ) s’est éteint à l’age de 78 ans. Il laisse derrière lui une oeuvre immense, celle du chantre des grands espaces américains. Sans cesse aux prises avec la réalité de la société américaine contemporaine, la plupart de ses ouvrages mettent en exergue l’éternel conflit entre la nature et la société.

Borgne depuis l’âge de 7 ans, à la suite d’une bagarre avec une fillette, Il a toujours été un acharné du travail et affirmait qu’il commençait sa journée par 9 cafés et 9 cigarettes …

L’auteur, traduit en plus de 20 langues nous laisse plus de trente ouvrages majeurs dont « Dalva », « Péchés capitaux », « Un bon jour pour mourir », « Une odyssée américaine » …

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Jim Harrison est né à … Grayling et mort à … Patagonia; autant de clins d’oeil pour nous, pêcheurs à la mouche qui, par la lecture de ses livres, pouvons assouvir avec bonheur nos éternelles envies d’ouest américain et de liberté.


Et pourtant, il disait avec beaucoup d’humilité :

 » Ce que je vois dans la nature n’a pratiquement jamais été écrit »


 bigjim