La saga du bambou refendu – L’intégrale

Il y a 4 ans de ça, surfant sur internet, j’ai ouvert la porte d’un site bien mystérieux : http://www.gillum.com dont le nom provient d’un illustre fabricant de cannes en bambou refendu et maître incontesté en la matière.

Je ne sais plus combien de temps je suis resté lors de ma première visite sur ce forum mais lorsque j’ai éteint mon ordinateur, il était déjà trop tard ; le virus de la «bambousite aigüe» était déjà en moi.

Il n’en fallait pas plus pour me décider à me lancer à corps perdu dans la grande aventure de la construction de ma première canne en bambou refendu.

Les outillages et techniques ancestrales que je vais vous présenter sont une preuve éclatante de l’ingéniosité de l’homme. Malgré l’étourdissante progression de la technologie et l’avènement d’innombrables matériaux, ces méthodes n’ont à ce jour jamais été supplantées.

Certes, les cannes en carbone dernier cri ont des atouts indéniables de puissance et de légèreté mais certaines particularités des fouets refendus leur sont encore propres et, à mon sens, le resteront encore longtemps.

Ce constat est amusant et bien paradoxal quand on connaît la complexité de la fabrication du carbone comparée au matériau naturel qu’est le bambou.

Cette aventure exaltante est à la portée de n’importe quel bricoleur passionné, si tant est qu’il soit patient et persévérant (des composantes que l’on retrouve souvent dans les gènes du pêcheur à la mouche).


Vous trouverez tout au long de cet article les principales étapes de la construction de ma première canne. Celles-ci sont bien entendu décrites de façon sommaire. Je précise que 3 années ont été nécessaires, dont 2 pour la fabrication des outillages.

Enfin, pour ceux qui voudraient se lancer dans cette grande aventure, il existe un ouvrage en français; le seul à ma connaissance. Il est un support technique indispensable et idéal :

 » la canne à mouche « , écrit par Josselin De Lespinay.


Au fur et à mesure de votre lecture, si d’aventure vous sentez des fourmillements dans les doigts, ne vous inquiétez pas, il s’agit du virus de la bambousite aigüe qui vous gagne !


LE PRINCIPE DE FABRICATION

Le profil le plus « classique » est hexagonal. Il est formé de 6 baguettes de section isocèle dégressive, assemblées et collées entre elles. La face visible de ces baguettes correspond à l’enveloppe externe du tronc de bambou, appelée cuticule, et qui présente des propriétés extraordinaires de dureté, résistance et souplesse.

Il est à noter qu’il existe d’autres profils beaucoup moins usités, comme la section carrée (formée par 4 baguettes), octogonale (8 baguettes) …

… et certains qui relèvent de véritables défis. Ci dessous une section composée de 13 baguettes.

Et enfin une section tout simplement inouïe, voire irréelle, réalisée avec 36 baguettes ( soit 108 pour la canne entière ).

Les baguettes les plus fines constituant le scion font moins de 0,2mm d’épaisseur !

Ce bijou de précision et de complexité, surnommé « die rose » est l’oeuvre du Suisse Kurt Zumbrunn.


LE BAMBOU

1200 espèces indigènes de bambous existent dans le monde … et une seule est particulièrement adaptée à la construction de cannes à mouches. Elle pousse en Chine, le long de la rivière Sui, dans la province du Guangdong. Elle répond familièrement à l’appellation « tonkin » et scientifiquement à celle de « arundinaria amabilis », ce qui peut se traduire par « aimable bambou ».

Sa qualité réside dans le caractère très serré de ses fibres, l’épaisseur de ses parois et la distance importante entre ses nœuds. Les troncs utilisés doivent être bien secs ( 3 à 5 années minimum ) et avoir un diamètre de 6 cm environ, ou plus.

Si l’approvisionnement du tonkin n’est pas toujours aisé, il est toutefois très facile de se procurer des troncs de bambous communs produits en France. Ces derniers sont une matière idéale pour les premières séances d’entrainement indispensables.


LA REFENTE DES BAGUETTES

Cette opération consiste à produire des baguettes de 6 à 8 mm environ de largeur. Les troncs sont tout d’abord refendus en deux au moyen d’un grand couteau de cuisine qui suivra sans trop de difficulté le fil du bois.

Les baguettes sont ensuite taillées au moyen de deux outils plats aiguisés (tournevis type tom pouce par exemple). Un peu d’expérience permet sans trop de difficulté de refendre chacune de ces baguettes par permutations successives des tournevis.

Les arêtes des baguettes étant redoutablement acérées, l’emploi de gants anti-coupure est indispensable pour les travaux de refente.

Pour la fabrication d’une canne « classique » en 2 sections, 12 baguettes sont nécessaires. Il convient toutefois d’en faire quelques-unes en supplément car des « loupés » à la finition peuvent arriver. La trempe, que nous verrons plus tard, étant effectuée par groupe de 6 baguettes, je conseille donc d’en refendre 18.

Un mot également sur un procédé destiné à l’embellissement des cannes : le flammage.

Cette opération est réalisée avant la refente des baguettes au moyen d’un chalumeau qui vient brûler légèrement la surface du bambou sur laquelle des gouttes d’eau ont été préalablement parsemées de façon aléatoire. Le bambou prend alors une belle teinte foncée sur les zones dépourvues d’eau.


LE DRESSAGE DES BAGUETTES

Cette phase relativement rébarbative est primordiale. Elle ne doit en aucun cas être bâclée. Elle permet d’une part de redresser et dévriller les baguettes qui se sont déformées en raison des multiples contraintes libérées au moment de la refente et d’autre part de faire disparaître les « bourrelets » produits par les noeuds du bambou.

L’arasement de ces bourrelets se fait au moyen d’une lime, tout en prenant bien soin de préserver le plus possible la cuticule.

Quant au dressage, il est effectué « à chaud » avec un décaper thermique, en faisant en sorte de ne pas brûler la surface des baguettes.

Le dressage d’une seule baguette demande environ … une vingtaine de minutes.


L’EBAUCHE DES BAGUETTES

Cette opération a pour but de transformer la section rectangulaire des baguettes refendues en section isocèle à profil constant. La dégressivité du profil sera réalisée ultérieurement avec le gabarit de finition.

L’ébauche est accomplie en 3 étapes ( 1 à 3 sur le schéma ci-dessous ) au moyen d’un rabot et d’un gabarit rudimentaire en bois dur dans lequel des rainures de différentes sections ont été usinées afin d’amener progressivement les baguettes au profil isocèle.

La cuticule (face externe du bambou) doit impérativement être préservée lors de cette opération.


LA TREMPE OU CHAUFFE

Comme il est pratiqué pour certaines essences de bois Européens, un passage prolongé dans un four permet aux baguettes qui vont composer la future canne d’acquérir un surcroit de résistance, mais également de perdre une part importante de l’eau qu’elles contiennent.

Ce traitement est effectué entre 180 et 210 °, pendant une durée de 15 à 20 minutes. A l’issu du cycle de trempe, les baguettes ont perdu environ 7 % de leur poids.


La machine que j’ai conçue combine deux mouvements destinés à obtenir une répartition adéquate de la chaleur et une parfaite homogénéité du traitement.

Un premier moteur imprime aux baguettes un mouvement de rotation et un second fait avancer le four autour du bambou par l’intermédiaire d’une crémaillère. Une sonde thermostatique insérée à l’intérieur du four pilote la résistance.

Afin d’éviter qu’elles soient déformées pendant cette opération, les six baguettes sont assemblées entre elles et maintenues au moyen d’un fil de fer fin, ou cordon résistant aux hautes températures.

Ce four  est relativement complexe mais une telle construction n’est pas indispensable pour obtenir un résultat correct.

L’outillage le plus répandu, relativement simple à fabriquer, consiste à utiliser un tube dans lequel l’air chaud est injecté au moyen d’un décapeur thermique.


LA MISE AU PROFIL DES BAGUETTES

Cette phase est sans aucun doute la plus palpitante. Outre le fait que son aboutissement permet de deviner les « formes » de la future canne, elle comprend également la fabrication d’un outillage qui est la clé de voute de la grande aventure du bambou refendu : le gabarit de finition. Cet outil est constitué de deux profilés rectangulaires en acier juxtaposés et reliés entre eux, mais de façon réglable.

Tous les 10 cm sont positionnées une ( ou deux ) goupilles assurant un guidage entre les deux parties du gabarit, ainsi que deux vis; la première rapproche les barres d’acier et la seconde les éloigne. Au plan de joint de l’outillage sont pratiqués deux chanfreins dégressifs à 30° sur chacune des arêtes afin d’obtenir une rainure en « V » de section isocèle.

Ci-dessous, le gabarit en cours d’usinage :

L’outil servant à réaliser les chanfreins sur le gabarit est constitué d’un support en bois sous lequel est fixée une lime douce isocèle dépassant de 6 mm environ.

L’usinage du chanfrein sur les barres écartées en sifflet est une opération fastidieuse qui demande 5 à 6 heures de travail (tendinite assurée).

Ci-dessous, le gabarit est enfin achevé.

Le travail de mise au profil des baguettes peut commencer. La première opération consiste à procéder au réglage du gabarit. Celui-ci est réalisé tous les 10 cm au moyen d’une jauge de profondeur ( comparateur ) et des vis de réglage qui permettent d’éloigner ou rapprocher les 2 barres jusqu’à obtenir l’écartement et la profondeur requis.

Ces différentes côtes de profondeur sont données par l’abaque correspondant au profil de la canne choisie. Ces données s’échangent entre passionnés et proviennent pour la plupart des « grands maitres » (Garrisson, Gillum, Payne, Brunner, etc), ou des firmes ancestrales (Pezon et Michel, Hardy, Thomas, etc).

Certains constructeurs conçoivent eux-mêmes leurs profils ou adaptations de profil, mais cela requiert des connaissances techniques de très haute volée.

La « mise à la côte » des ébauches est réalisée au moyen d’un rabot, lime ou racloir, jusqu’à l’affleurement du gabarit.

Cette opération se fait en avançant progressivement la baguette dans la rainure de l’outillage, tout en alternant la coupe sur les 2 faces internes du bambou. La cuticule, préservée le plus longtemps possible, est simplement arasée sur quelques centièmes de mm lorsque le profil est sur le point d’être atteint.


L’ALVEOLAGE

L’inconvénient majeur des cannes en bambou refendu reste leur poids relativement élevé (environ 30 % supérieur à celui des cannes en carbone). Ceci a bien sur une incidence directe sur le moment d’inertie de la canne, lequel lui confère une importante souplesse. Il en résulte une action parabolique propre à une majorité de cannes en bambou refendu.

La technique d’alvéolage consiste à alléger la future canne en éliminant le bambou superflu. Par bonheur, cette matière qui est en fait la partie interne et peu résistante du tronc de bambou se trouve sur la face cachée et non fonctionnelle de chaque baguette.

Cette matière peut donc être éliminée sans aucun état d’âme au moyen d’une lime ou racloir, mais de façon partielle en ménageant une « cloison » tous les 5 à 8 cm afin d’éviter que l’ouvrage s’ovalise à l’usage.

Le gain de poids obtenu par la technique d’alvéolage peut approcher 10 % du poids total de la canne.

Ci-dessous les 42 brins alvéolés d’une canne à tenkara.


LE COLLAGE DES BRINS

A chaque nouvelle étape, le caractère « émotionnel » de cette aventure est grandissant. Une fois la phase du collage achevée, il sera possible de commencer à « caresser » la future compagne de pêche et entrevoir ses qualités et ses défauts.

Là encore, bien que les premières cannes en bambou refendu aient plus d’un siècle d’existence, la géniale machine nécessaire à l’opération de collage n’a toujours pas été supplantée.

Après l’encollage des brins à la colle PU ….

… ces derniers sont « pris en charge » sur l’outillage par une cordelette qui remplit 3 fonctions (la mise en rotation, le serrage des brins entre eux et l’avance de l’ensemble) et qui permet une parfaite mise en place du fil de ligaturage qui doit « emmailloter » la canne jusqu’au parfait séchage de la colle. Pendant le temps de prise, soit environ 1/2 heure,  la rectitude du brin peut être ajustée.

Ci-dessous, 4 talons et scions ligaturés sont en cours de séchage. Sur celui du bas, l’on peut constater l’oubli malencontreux de la deuxième passe de ligaturage qui doit être croisée avec la première …


LA FINITION DES BLANKS

Nos brins collés débarrassés de leurs ligatures sont donc devenus des blanks. Un « grattage » puis ponçage soigneux destinés à enlever les traces de colle s’imposent. Ils sont effectués au moyen d’une lime de carrossier, puis de paille de fer surfine.

Pour le vernissage, plusieurs techniques plus ou moins sophistiquées existent. En ce qui me concerne, j’ai choisi la plus simple : au pinceau.

3 couches sont passées à 24 heures d’intervalle avec, entre chacune, un ponçage léger.

Il faut noter que les progrès techniques réalisés par les fabricants de colle durant ces dernières décennies rendent presque facultative cette opération considérée autrefois comme primordiale afin d’empêcher l’eau de pénétrer entre les baguettes de bambou.

Le marquage, réalisé à l’encre de chine et « emprisonné » entre plusieurs couches de vernis, permet d’apporter une petite note esthétique supplémentaire à l’ouvrage.


LES VIROLES

Ici encore, un panel de techniques est proposé au constructeur pour assurer la liaison entre les blanks. La plus courante reste l’emploi de viroles en maillechort, un matériau facile à usiner, relativement stable aux variations de température et résistant à la corrosion.

Ces viroles peuvent être réalisées au moyen d’une perceuse, mais l’emploi d’un petit tour à métaux facilite grandement la tache.

Le dégrossissage de ces pièces est effectué au moyen d’outils classiques (fôrets, outils à dresser, à tronçonner). La finition doit être méticuleuse car l’appariement des viroles mâle et femelle requiert un ajustement inférieur au centième de mm. Pour cette opération, abrasifs très fin, limes aiguilles, laine d’acier et …. huile de coude sont de rigueur.

2 viroles femelles achevées.

Les viroles sont collées sur les blanks au moyen d’une colle époxy bi-composants. Le séchage se fait « canne assemblée » dans un guide rectiligne (ou sur le gabarit de finition) qui garantit un parfait alignement de l’ensemble. Un ligaturage, réalisé en même temps que ceux destinés aux anneaux, vient parachever la tenue des viroles.


LES ANNEAUX

Lors de la fabrication des premières cannes, ces accessoires peuvent être achetés dans le commerce. Ils sont néanmoins assez faciles à fabriquer au moyen d’un petit outillage destiné à mettre en forme des fils en acier inoxydables. Ces anneaux, serpentiformes pour la plupart, sont fixés sur la canne au moyen d’une soie, assez proche de celles utilisées pour le montage des mouches.

Les ligatures ainsi constituées sont ensuite protégées par une résine bi-composant. Celle-ci est appliquée pendant que la canne est entrainée en rotation sur un banc jusqu’au séchage complet (environ 24 heures).

Il est beaucoup plus complexe de réaliser soi-même l’anneau de départ dont la bague est taillée dans une tranche d’agate et ajustée sur un support en fil de maillechort. La diversité colorimétrique des agates et la beauté de leur veinage permettent de réaliser de véritables petits bijoux qui vont contribuer à parfaire le caractère unique de chaque refendu.

Il faut toutefois faire preuve d’une certaine persévérance car l’usinage et le polissage d’un anneau en agate demande 4 à 6 heures de travail, auxquelles se rajoutent celles nécessaires à la mise en forme et au soudage de l’armature.

 


LA CONFECTION DE LA POIGNEE

La matière première, le liège, provient majoritairement du Portugal et doit être de très bonne facture. Différentes qualités peuvent être approvisionnées mais il serait dommage de ne pas sélectionner la meilleure ( top flor ).

La confection de la poignée est relativement simple. La première étape consiste à assembler la quantité adéquate de rondelles de liège et la solidariser au moyen d’une colle polyuréthane.

Les rondelles préalablement encollées sont ensuite enfilées sur une tige filetée et mises en pression au moyen de 2 écrous de serrage.

Et un kebab, un !!!

Après un temps de séchage minimal de 24 heures, l’ensemble tige filetée et rondelles est positionné sur la perceuse ou le tour et mis en forme par ponçage au moyen d’une lime à grosses piqures, puis de papiers abrasifs.

Quel plaisir de voir la poignée prendre progressivement sa forme définitive en dégageant une très agréable odeur de liège.


LA REALISATION DU PORTE-MOULINET

Pour ceux qui tiennent absolument à le réaliser eux-mêmes ( on peut en trouver facilement dans le commerce ), un petit tour à métaux me semble indispensable surtout dans le cas où l’on opte pour un blocage du moulinet par vissage.

La fabrication d’un porte moulinet passe par de multiples phases passionnantes qui permettent de laisser libre cours à l’imagination dans le but de personnaliser à sa guise son ouvrage.

Pour les parties en bois, il est facile de trouver dans le commerce des petits carrelets utilisés par les couteliers.

… bois de rose, palissandre, ébène, amourette, sycomore, benjoin et bien d’autres essences qui, une fois usinées, polies et lustrées donnent un fabuleux cachet à la canne.


CONCLUSION

Tout d’abord, merci d’être arrivé au terme de ce petit reportage qui, je l’espère, aura suscité de futures vocations et donné à certains d’entre vous l’envie de goûter un jour le plaisir incomparable d’attraper une truite avec un fouet en bambou refendu issu de son propre labeur.

Nous ne sommes plus que quelques dizaines d’irréductibles qui tentons de perpétuer des techniques artisanales d’une grande ingéniosité et dont certaines ont été développées il y a plus d’un siècle. Il serait extrêmement dommageable qu’elles se perdent dans la nuit des temps.

J’en profite pour remercier chaleureusement Thierry, administrateur du forum http://forum-gillum.com/, ainsi que tous ses membres. Ils m’ont accueilli dans leur attachante communauté et transmis leur savoir-faire avec patience et générosité. Sans eux, je serais incontestablement passé à côté d’une aventure exceptionnelle.

Je reste à l’entière disposition de celles et ceux qui veulent relever le challenge !!!


UN APERÇU DE MON ANTRE


MES PREMIERES FABRICATIONS

Georges Brassens chantait « jamais de la vie on ne l’oubliera, la première fille qu’on a t’nue dans ses bras ».

Il en est de même pour sa première canne en bambou refendu.

Canne de 7,2 pieds – 2 brins – soie 5 

Première sortie à Banca ( Nive de Baïgorry ).


3 cannes de 7,6 pieds – 2 brins – soie 5  ( pour le fiston et deux copains ).

Avec leurs tubes en aluminium revêtus d’une feuille de chêne.

 


Canne monobrin de 6 pieds – soie 3.

Poignée démontable, sans porte-moulinet.


Canne de 7,5 pieds – 3 brins – soie 5 ( pour le frangin ).

Viroles tri-matières ( bambou, maillechort, carbone ).


Canne à tenkara de 10,5 pieds – 8 brins.

Viroles tri-matières ( bambou, maillechort, carbone ).


2 cannes 7,2 pieds – 2 brins – soie 5 ( pour 2 copains, presque terminées ).


FIN


 

 

 

 

 

Ô Nives Ô désespoir !

Cela fait plusieurs années que je n’ose regarder la vérité en face, sans doute par respect pour ces rivières que j’aime tant, mais je dois aujourd’hui baisser les bras. Les Nives sont halieutiquement moribondes et j’ai envie de le crier haut et fort. Les quatre jours passés au pays basque avec mon fils ont été un calvaire.

Notre bilan ? Un poisson ( remis à l’eau bien sur ) et une demi-douzaine de gobages.

Certes, les conditions n’étaient pas optimales mais de multiples détails m’ont malheureusement permis de dresser un bien triste bilan. Un des plus flagrants provient des innombrables observations faites depuis les ponts où quasiment plus aucun poisson n’est maintenant visible, alors qu’il y a encore une dizaine d’années, chaque ouvrage d’art recelait au mois une ou deux dizaines de belles farios.

La fréquentation famélique des pêcheurs est également un signe qui ne trompe pas. Un seul en action a été croisé en quatre jours de pêche au cours desquels nous avons sillonné une bonne trentaine de kilomètres de berges ! Les autres que nous avons rencontrés l’ont été au camping, à tuer le temps, ou … avec nous sur les ponts à contempler les radiers vides de toute vie.

Certains observateurs vont se retrancher derrière ces terribles crues mais cela serait à mon sens une grave erreur de s’arrêter à de telles conclusions. Le potentiel halieutique des Nives était déjà fortement impacté avant ces phénomènes climatiques.

D’autres  mettront en avant des études qui concluent que le réchauffement climatique, conjugué à certains épisodes sévères d’étiages éradiqueront à terme les populations de salmonidés dans les régions de basse altitude, comme le pays basque français et espagnol.

Ces 2 arguments sont plausibles, mais il y a tellement d’autres facteurs dont on parle trop peu à mon goût. Alors, aujourd’hui, j’ai envie de vider un peu mon sac.

  • – Tout d’abord, je voudrais une nouvelle fois m’insurger contre cette dissidence ubuesque qui existe depuis des décennies entre deux associations : l’aappma et l’aprn. Ceci a pour conséquence un découpage des rivières d’une incroyable complexité et bien sur, des systèmes de gestion différents, sans parler des « atteintes au portefeuille » induites. Je ne vais pas m’étendre sur le sujet par crainte de trop de virulence mais je trouve vraiment navrant que l’aprn ait refusé plusieurs fois la main tendue de l’aappma pour envisager une fusion demandée haut et fort par une grande majorité de pêcheurs. La pêche au pays basque y aurait beaucoup gagné et la tendance baissière des ventes de cartes de pêche serait certainement contrariée.
  • – Un point ensuite sur les quotas dont certains sont juste inouïs et scandaleux compte-tenu de la conjoncture. Figurez-vous en effet que sur la plupart des affluents de la Nive, l’aprn autorise encore les pêcheurs à prélever la bagatelle de 10 poissons par jour !!! Quand on sait que ces secteurs ont encore deci delà une population correcte de truites farios, il faut être inconscient pour laisser perdurer cette mesure d’une autre époque et qui anéanti les dernières ressources.
  • – Concernant la pollution, les Nives n’échappent pas au je-m’en-foutisme caractérisé de nos administrations. Celles constatées récemment sur la Nive d’Arnéguy en sont de tristes et flagrants exemples.
  • – Et bien d’autres problèmes, comme des canaux de dérivation qui assèchent quasiment des tronçons de rivières en périodes d’étiage et que personne ne veut voir.

 

Ceci étant dit, que faut t’il faire ?

En ce qui me concerne, il me semble que la seule solution consisterait à mettre en place un plan de grande ampleur pour sauver ce qui peut encore l’être. Ce plan devrait débuter par la fusion des deux associations, indispensable à l’édiction d’une gestion commune efficace et la fermeture complète de la pêche pendant une durée adéquate, accompagnée d’un ré-empoissonnement efficace effectué à partir de sujets prélevés dans le « chevelu ».

Des décisions de ce genre ont été prises dans certaines régions du pays basque espagnol. Nos décideurs auront-ils le courage et la volonté de s’en inspirer ?

L’avenir nous le dira mais je ne donne pas bien cher des Nives si rien ne bouge très rapidement ….

Pour finir toute de même sur une note enjouée, voici quelques photos prises ce week-end. Puissent un jour ces joyaux retrouver une population de salmonidés digne de leur grande beauté et de leurs atouts halieutiques !

LA NIVE DE BEHEROBIE

LA NIVE DES ALDUDES

LA GRANDE NIVE

TEN…KA…RABOTER !

Ne me demandez pas d’où m’est venue l’idée pour le moins farfelue de réaliser une canne à Tenkara en bambou refendu; sans doute mon attirance inconditionnelle pour les défis car la longueur d’une telle canne et la souplesse du bambou s’opposent ( à priori ) pour ce type de construction.

Le poids tout d’abord est un handicap. La masse volumique du bambou est importante et n’est pas vraiment en adéquation avec la légèreté des cannes à Tenkara en carbone de dernière génération (60 à 80 grammes pour des cannes de 3m60 et plus).

D’autre part, la souplesse du bambou a une fâcheuse tendance à transformer les cannes supérieures à 9 pieds en « nouilles », relativement déconcertantes d’utilisation.

Et pourtant, à force de recherches, j’ai fini par trouver sur un blog « empoussiéré » que ce type de canne avait déjà été réalisée par un américain. Il n’en fallait pas plus pour me décider. Voici les principales étapes de la fabrication, ainsi que ces particularités techniques.


Caractéristiques

La longueur retenue est de 3m20 ( 10,5 pieds ) , ce qui est la longueur minimale pour une canne à Tenkara.

Histoire de « pimenter » un peu l’aventure, le nombre de sections choisi est de 8, contrairement aux 3 brins de la canne dont je me suis inspirée. Ce choix a été fait pour des questions de facilité de transport et pour pouvoir loger la canne dans la poche arrière de mon gilet de pêche.

Cette longueur réduite des brins offre également l’avantage d’éviter tous les noeuds du bambous, distants sur un tronc d’environ 50 cm.

Le tableau du seul profil trouvé sur internet, modifié pour la prise en compte d’emmanchements spéciaux, est le suivant :


Taille et finition des brins

Une canne en 8 sections nécessite la bagatelle de … 48 baguettes.

Cela ferait un magnifique jeu de MIKADO.

 

L’alvéolage, indispensable pour une telle construction, aboutit à un gain de poids supérieur à 20 grammes.


Les emmanchements

Là aussi, la recherche de l’allègement, ainsi que la volonté de supprimer les multiples points durs que pourraient constituer les 7 emmanchements ont guidé mon choix. Le système imaginé combine le carbone (mâle) et le bambou (femelle ). Ceci a nécessité de modifier le profil au droit des emmanchements. Augmentation des côtes sur plat côté femelle, et diminution côté mâle.

Des bagues en maillechort de 0,2 mm d’épaisseur renforcent les zones les plus sollicitées.

Le dernier emmanchement (scion) est réalisé en maillechort en raison du diamètre très faible des brins.


La poignée

Pour cette partie de la canne, même combat : cure d’amaigrissement.

La rigidité de la poignée en liège est réalisée au moyen d’un tube en carbone mince haute résistance ( ø 11, épaisseur 0,8 mm ).

La forme de cette poignée en « double cigare », est un peu inédite. Elle autorise à la main porteuse le choix entre 2 positions en fonction de la distance à laquelle on souhaite pêcher; la position avancée étant moins fatigante que l’autre.


Le porte-ligne

Lorsque j’ai présenté mon projet sur le forum-gillum , l’un de ses membres m’a proposé avec une extrême gentillesse de confectionner cet accessoire réalisé en titane et gravé main.

J’ai bien entendu accepté et je tiens à le remercier chaleureusement car sa contribution a apporté une sacrée note de raffinement à ma canne ! Et pour ceux qui ne parlent pas couramment le japonais, il est inscrit « tenkara » sur l’un des deux supports.


Housse et étui

Pour chacune de mes cannes, je fais appel à ma chère Maman qui s’empresse de me réaliser une housse parfaitement adaptée à la situation.

Quand à l’étui, je l’ai confectionné en cuir afin de pouvoir le loger facilement dans la poche arrière du gilet de pêche. La résistance de la poignée en liège suffit à sécuriser l’ensemble.

   


L’action

Vous devez bien imaginer qu’il me tardait d’essayer de propulser une soie avec cette canne qui m’a demandé environ 3 mois de boulot, soit un temps estimé à près de 200 heures.

Les premiers essais ont été un peu décevants car j’avais tendance à vouloir reproduire un mouvement assez dynamique, similaire à celui d’une canne à mouche traditionnelle, ce qui occasionnait un « rebond » en fin de lancer et un retour de la soie.

Puis, je suis petit à petit « rentré » dans l’action de la canne avec des lancers très « souples » terminés par un petit coup de fouet.

Dans ces conditions, la canne a donné toute sa mesure et j’avoue avoir été bluffé de constater comment la mouche pouvait se poser à presque 9 mètres avec un mouvement minimaliste.


Vivement l’ouverture pour l’essayer sur mes très chères Nives du Pays Basque !!!


 

Fermeture

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Dans le calendrier de tout pêcheur à la mouche qui se respecte, il est une date qui revêt un caractère émotionnel tout particulier : la fermeture.

Bien sur, passé ce 3ème week end de septembre, les  mois à venir ne se résument pas à devoir se terrer en bougonnant devant son étau et sa table de montage.

Tout d’abord, certaines rivières de deuxième catégorie ( vous voyez à laquelle je fais notamment allusion ) déploient un tel charme en cet automne naissant que cette date cruelle du mois de septembre sera très vite oubliée en  passant des journées mémorables, dans un cadre féérique, en compagnie des fantasques thymallus thymallus.

Ensuite, chacun d’entre nous possède prés de chez lui un réservoir salvateur qui lui permettra de dérouler avec nostalgie un peu de soie et de ne pas perdre de vue les copains.

Enfin, pendant quelques mois, il conviendra de se faire « absoudre » par son entourage pour tous les week-ends passés à s’en éloigner, dans le but d’assouvir sa passion dévorante. De surcroit, cette présence rapprochée permettra d’effacer les remords accumulés, afin de se préparer dans les meilleures conditions psychologiques pour la prochaine ouverture…

Pour en revenir à cette date fatidique de la fermeture en 1ère catégorie, je redoutais, pour la première fois depuis bien longtemps, de ne pouvoir la faire sur mes rivières de prédilection, les Nives. C’était sans compter sur un bienveillant client Bayonnais qui a manifesté le besoin que je lui rende visite. J’ai bien entendu accompli mes obligations professionnelles avec empressement et me suis mis en route vendredi pour le Pays Basque.

Hélas, la météo n’a pas été de la partie et cette dernière sortie sur les Nives s’est soldée par une succession d’averses qui n’ont pas déclenché les éclosions espérées. Une jolie fario est tout de même venue me saluer.

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Quelques belles éclaircies samedi ont permis de réveiller dans mon esprit ces images que j’aime tant et qui vont me nourrir pendant l’hiver.

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Après avoir fait une halte à la bergerie qui me fournit un exceptionnel fromage de brebis et emportant ainsi avec moi un petit morceau de Pays Basque,  je suis rentré nostalgiquement vers la ville avec le sentiment du devoir accompli.

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BANCA – Le canal de la honte

Il existe à Banca ( Nive des Aldudes ) une petite centrale électrique alimentée par un canal de dérivation d’environ 1500 m. Si celui-ci était géré convenablement, tout irait bien.

Malheureusement, bien sur, la tentation est trop forte de turbiner à bloc en ne laissant à la rivière que la portion congrue. Par le passé, j’ai déjà vu à maintes reprises la rivière « agoniser » en période d’étiage, alors que le canal, profond de 2 m, débordait presque…

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Les truites se sont adaptées tant bien que mal à cette situation dictée par l’appât du gain. Beaucoup d’entre elles ont migré petit à petit dans le canal, abandonnant pour leur survie leur bel habitat naturel. Depuis quelques années, des dizaines de farios ont donc colonisé cet « appendice » de la rivière, à l’instar des migrants que l’on retrouve dans la jungle de Calais…
En septembre 2015, il s’avère qu’un arrêté préfectoral a signifié en substance au gestionnaire que le débit de la Nive ne pouvait pas être inférieur à 0,55 m3/sec. Traduisez : « laissez s’il vous plait un peu d’eau à la rivière » …
 
Et bien, savez-vous ce que j’ai découvert hier ?

Ce débit minimal ayant sans doute été atteint, le canal a été fermé à ses deux extrémités, mais plein !!!! et donc transformé en eaux closes !!!!

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Depuis combien de jours, je l’ignore mais j’ai eu la nausée de voir ces pauvres poissons errer comme des âmes en peine à la recherche de l’eau courante et oxygénée qu’on leur a honteusement volé.
Bien sur, certaines d’entre elles ont déjà le ventre en l’air. Pour les autres, je ne leur donne pas 15 jours.

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Il aurait été surement trop simple de laisser une eau courante au fond du canal sur une profondeur de 30 cm … J’en viens presque à me demander, et ça n’engage que moi, si tout ceci n’est pas délibéré !

Je suis reparti de Banca écoeuré et les larmes aux yeux.

J’ai envoyé quelques mails aux instances compétentes et contacté un garde de l’AAPPMA ainsi que la mairie de Banca. Ces derniers ont, semble t’il, pris cette affaire au sérieux.

La survie de quelques dizaines de truites farios est maintenant entre leurs mains ….

 

SLOVENIE MON AMOUR

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C’est avec des étoiles plein les yeux que j’écris cette petite news, de retour d’une semaine de pêche en Slovénie, avec mon frangin et mon meilleur pote.

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C’est la cinquième fois que je m’y rends et le plaisir est sans cesse grandissant, sans doute par le fait que ce petit pays si attachant ne se dévoile pas au pêcheur « pressé ».

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Bien sur, on ne peut pas ignorer les emblématiques Soca et Idrijca mais, s’arrêter seulement à ces deux rivières serait faire un affront à ce considérable patrimoine halieutique que possède la Slovénie. Cette année, les Baca, Sora, Trebusica et autres Sava nous ont procuré de fabuleuses émotions, sur des zones sauvages où la pression de pêche est très faible. Ombres facétieux et marmoratas nerveuses ont bien été au rendez-vous.

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Quand aux truites arc en ciel, présentes sur certains parcours et tellement décriées, elles vont encore nous laisser des souvenirs mémorables. Ces poissons sont introduits bien sur, mais ils sont sains, en parfaite condition et très sélectifs. Quel bonheur de ferrer des spécimens de 60 et + dans les puissants courants de la Soca et être mis au backing en quelques secondes !

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Enfin, mis à part ces considérations purement halieutiques, je dois avouer que je me sens bien en Slovénie. J’y ressent des ondes « positives ». Celles que l’on perçoit dans les pays qui échappent encore à la folie du modernisme galopant; un pays très attachant à taille humaine !

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Un bossu dans ma coulée

A l’occasion de nos pérégrinations halieutiques, il nous arrive à tous de vivre des mésaventures, anecdotes ou péripéties en tous genres. Celle que je vais vous raconter, vécue sur les berges de la nive des Aldudes, dépasse l’entendement.

Après le traditionnel casse-croûte du midi, je me trouvais dans un endroit particulièrement sauvage, confortablement assis en face d’une belle coulée où, depuis quelques semaines, une fario bien dodue jouait avec mes nerfs.

N’apercevant l’ombre d’un gobage, je rentrais dans un doux état de somnolence lorsque j’entendis des bruits de pas derrière moi.

Je vis alors un homme d’une cinquantaine d’années à la mine patibulaire s’asseoir sans un mot à deux mètres de l’endroit où je me trouvais.

Légèrement pétrifié, je le devins complètement quand je me rendis compte du coin de l’oeil qu’il était en train … d’enlever son pantalon et ses chaussures. Je le vis ensuite avec stupeur se mettre torse nu et se lever en direction de la rivière, vêtu d’un maillot de bain pour le moins disgracieux.

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Je n’entretiens aucune animosité particulière à l’encontre des bossus mais lorsque je constatais que cet homme l’était, et qu’il allait à l’évidence faire trempette à mes pieds, j’ai du me pincer pour vérifier que je n’étais pas en train de faire ma traditionnelle petite sieste digestive.

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Une fois arrivé au milieu de la rivière, l’homme au dos gibbeux effectua un splendide plongeon au beau milieu de la coulée que je couvais discrètement depuis presque deux heures et je crus halluciner lorsqu’il  se mit à faire quelques mouvements d’une nage pour le moins singulière..

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L’homme est ensuite revenu sur la berge. M’a t’il regardé ? Je n’en sais rien car j’ai eu soudainement un irrépressible besoin de relacer mes chaussures avec une grande application. Enfin, dans un silence de cathédrale, cette réincarnation de Quasimodo (celle-là, je ne pouvais pas la louper ! )  s’est rhabillé et s’en est allé.

Durant ce quart d’heure hallucinant, nous n’avons échangé ni un mot, ni un regard.

Bien sur, il convient de voir dans ce petit récit aucune quelconque intention de moquerie de ma part, mais simplement une envie de partager un « grand moment de solitude ».

 

LE PIERRODICATOR

Bon, je me suis un peu creusé la tête et je crois que j’ai trouvé un indicateur de touche efficace et très facile à fabriquer.

Je pars de plaques de foam à « 2 balles », oranges, blanches, jaunes ( certaines couleurs se verront mieux que d’autres en fonction de la rivière ) et d’épaisseur 1, 2 ou 3 mm en fonction du type de pêche et de la finesse recherchée.

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Je découpe ensuite des rectangles de formats multiples qui me permettront de choisir la taille au moment voulu. Je pratique 5 encoches d’un coup de ciseau à mi-largeur ( 3 d’un côté et 2 de l’autre ) … et c’est terminé.

La mise en place ultra rapide se passe de commentaire. Quand à la tenue, elle est irréprochable. J’ai pêché plus d’une heure ce we, en faisant volontairement des lancers de malade et ça n’a pas bougé.

Bien entendu, la position est réglable instantanément comme un bouchon. Pour gagner en visibilité, on peut en superposer 2, voire 3 de couleurs différentes.

Lorsqu’on pêche les rapides il arrive qu’il se gorge un peu d’eau. Une pression entre le pouce et l’index et c’est reparti pour un tour ! Et bien sur, aucun vrillage du fil quand on le démonte.

 Je ne pousserai pas le bouchon trop loin ( si j’ose m’exprimer ainsi ) en déposant un brevet lol mais ceux qui le voudront bien pourront l’appeler le « PIERRODICATOR ».

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Refendu monobrin

Pierre Pezon affirmait que les meilleures cannes en bambou refendu sont celles qui peuvent être construites d’un seul tenant. La ( ou les ) virole, en raison de son poids et de sa raideur est en effet un élément très « polluant » pour l’action de la canne.

Bien entendu, ce type de fabrication doit être réservé aux cannes courtes ( 4 à 7 pieds ), destinées à pêcher les torrents ou très petites rivières. Leur action est surprenante; 10 à 15 mètres de soie peuvent être lancés sans grande difficulté. L’absence de virole élimine en grande partie l’action « parabolique », propre aux fouets en bambou refendu.

Le modèle qui est présenté ici correspond à une 6 pieds pour soie de 3. Un emmanchement a tout de même été réalisé au niveau de la poignée. Il permet de gagner 25 précieux cm et, accessoirement, de rendre la poignée utilisable pour un autre blank car j’ai en projet une canne de 5 pieds.

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La poignée est fabriquée à partir d’un « block » de liège aggloméré ( de chez Cork4us ). Les accessoires en bois sont en amourette et benjoin. Dans un souci de minimalisme et de gain de poids, le moulinet est fixé directement sur la poignée. L’ensemble canne + moulinet pèse environ 195 grs.

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Les anneaux de départ et de pointe sont réalisés à partir d’une tranche d’agate usinée au tour et parachevés après … 4 heures de polissage. Les supports de ces anneaux sont fabriqués en maillechort brasé et les anneaux intermédiaires en fil d’acier inoxydable. Ces accessoires particulièrement délicats sont les premiers que j’ai réalisés. Il en résulte un certain nombre d’imperfections.

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Il fallait bien offrir à cette canne de beaux écrins.. La deuxième poulie « large arbor » en bois permet de ranger la soie naturelle qui se dégraderait sans doute sur le petit moyeu du moulinet.

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Renaissance

Un rendez-vous professionnel à Urrugne en milieu de semaine …cela s’appelle une aubaine en langage halieutique ! Mon client n’a pas eu beaucoup de difficulté pour me convaincre de venir lui rendre visite.
Afin d’optimiser le bilan carbone de ce déplacement ( hypocrisie quand tu nous tiens… ), j’ai subrepticement déposé mon attirail de moucheur dans le coffre de la voiture. L’appel de la rivière est parfois irrépressible, surtout après quelques mois d’abstinence.
La réussite de ce genre d’escapade improvisée repose sur la capacité à pouvoir rapidement se déconnecter des  vicissitudes quotidiennes. Ce sera chose faite dès lors que s’offriront à ma vue les premiers contreforts de ce si beau Pays Basque.
Bien que ces paysages me soient depuis longtemps familiers, c’est toujours avec un immense plaisir que je traverse Itxassou et Ustarritz, qui sont un peu les portes d’un paradis dans lequel  je pénètre avec une émotion toujours intacte.
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Bientôt, je sens cette habituelle fébrilité qui me gagne. Depuis quelques kilomètres, en contrebas de la route dont elle épouse les méandres, la Nive m’accompagne mais reste encore invisible, comme par jeu, comme par incitation au désir. Lors de mes deux dernières venues, elle n’était vraiment pas à son avantage et je redoute une nouvelle déconvenue.
J’arrive enfin à l’endroit tant attendu, là où une clairière me dévoile ma chère rivière que je retrouve enfin parée de ses plus beaux atours. Les eaux puissantes et boueuses, teintées par la terre des rives qu’elles ont sauvagement envahies au sortir de l’hiver, se sont assagies. Elles ont ici la couleur de l’émeraude ou de l’aigue marine puis, plus loin, celle de l’ambre. Les veines d’eau les plus rapides sont enveloppées par des voiles d’écume immaculée. Sur les radiers majestueux et langoureux, la rivière est translucide et donne l’illusion d’avoir disparue pour laisser la place à des plages de galets aux couleurs harmonieusement bigarrées.
Alentour, la végétation rivulaire entre en effervescence et participe également à cette éternelle renaissance en parsemant deci-delà de tendres touches de couleurs pastels.
Quel est ce peintre impressionniste de génie qui m’offre un aussi délicat tableau  ?
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Les 15 derniers kilomètres qui me restent à parcourir sont avalés sur un petit nuage et le perfide élastique avec lequel je restais encore relié à mes obligations se rompt enfin.
A Saint-Martin d’Arrossa, je quitte la grande Nive en direction de Saint Etienne de Baigorry pour longer son affluent au moins égal en beauté : la Nive de Baigorry.
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La première partie de cette journée de pêche sera médiocre mais ceci est bien anecdotique face à l’ivresse que me procure les retrouvailles avec mon très cher jardin secret.
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Pourtant, le soir approchant, ce sixième sens propre au pêcheur me donne un secret espoir. Le vent est tombé, l’air se charge d’une forte humidité et la température reste douce. Je choisi de terminer cette journée sur un de mes radiers préférés, en aval de Banca.
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Un sandwich à la main, assis sur un rocher surplombant la rivière dans laquelle j’ai plongé une petite fiole de rosé de Sancerre, je contemple les effets de lumière qui composent un fabuleux spectacle sans cesse changeant à mesure que le soleil décline derrière la cime des arbres.
Le murmure de l’eau, de rares chants d’oiseaux qui bravent encore l’approche de la nuit, quelques moutons appelant leur berger retardataire constituent les paroles du magnifique film dont je suis le spectateur privilégié. Mon sens olfactif n’est pas en reste est se délecte de l’odeur de mousse exacerbée par l’humidité ambiante et des senteurs âpres provenant sans doute d’un écobuage lointain. Le temps s’est arrêté.
Mon esprit bat la campagne mais une infime parcelle de lucidité m’intime de scruter le fil de l’eau, presque certain de ce qui va se produire.
Et le voilà enfin, ce premier insecte qui dérive à cinq mètres de moi, tel un petit voilier en détresse, bientôt suivi par un second, puis un troisième.
Encore quelques minutes et la surface de l’eau est maintenant tapissée par un défilé de Baetis Rodhani. L’état contemplatif dans lequel j’étais plongé a instantanément fait place à une excitation démesurée. Tel un indien sioux, je scrute maintenant la rivière avec jubilation.
Je n’entends plus les bruits, l’environnement n’existe plus, seule mon attention est concentrée sur cette veine d’eau nourricière. Mon regard suit chacun des insectes lentement véhiculés, au gré du faible courant.
Soudain, l’un de ces malheureux éphémère disparaît, laissant autour de lui de minces vaguelettes concentriques provoquées par le gobage d’une truite.
Je ressens un certain apaisement, esquisse un sourire béat et commence à déployer ma soie, sans aucune précipitation car  il est nécessaire de laisser un peu de temps à la belle pour se « mettre à table « .
Les gobages se font de plus en plus fréquents. Bientôt, la première truite est imitée par une congénère qui, trois mètres en amont, vient revendiquer avec autorité sa part de festin.
Le cœur battant, je commence mon approche. Je vais enfin pouvoir assouvir ma passion de pêcheur à la mouche.
La suite, je ne m’en rappelle plus vraiment, mais je sais qu’elle m’a laissé du soleil plein les yeux pendant plusieurs jours. Les deux farios m’ont fait l’indicible honneur de venir cueillir mon imitation et m’ont gratifié de farouches combats, ponctués d’un tendre baiser précédant la restitution à la rivière des inestimables présents qu’elle vient de m’offrir.
L’éclosion arrive à son terme, les poissons ont regagné leurs caches au sein de la rivière qui retrouve lentement sa quiétude, enveloppée par les premières ombres de la nuit.
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