Ô Nives Ô désespoir !

Cela fait plusieurs années que je n’ose regarder la vérité en face, sans doute par respect pour ces rivières que j’aime tant, mais je dois aujourd’hui baisser les bras. Les Nives sont halieutiquement moribondes et j’ai envie de le crier haut et fort. Les quatre jours passés au pays basque avec mon fils ont été un calvaire.

Notre bilan ? Un poisson ( remis à l’eau bien sur ) et une demi-douzaine de gobages.

Certes, les conditions n’étaient pas optimales mais de multiples détails m’ont malheureusement permis de dresser un bien triste bilan. Un des plus flagrants provient des innombrables observations faites depuis les ponts où quasiment plus aucun poisson n’est maintenant visible, alors qu’il y a encore une dizaine d’années, chaque ouvrage d’art recelait au mois une ou deux dizaines de belles farios.

La fréquentation famélique des pêcheurs est également un signe qui ne trompe pas. Un seul en action a été croisé en quatre jours de pêche au cours desquels nous avons sillonné une bonne trentaine de kilomètres de berges ! Les autres que nous avons rencontrés l’ont été au camping, à tuer le temps, ou … avec nous sur les ponts à contempler les radiers vides de toute vie.

Certains observateurs vont se retrancher derrière ces terribles crues mais cela serait à mon sens une grave erreur de s’arrêter à de telles conclusions. Le potentiel halieutique des Nives était déjà fortement impacté avant ces phénomènes climatiques.

D’autres  mettront en avant des études qui concluent que le réchauffement climatique, conjugué à certains épisodes sévères d’étiages éradiqueront à terme les populations de salmonidés dans les régions de basse altitude, comme le pays basque français et espagnol.

Ces 2 arguments sont plausibles, mais il y a tellement d’autres facteurs dont on parle trop peu à mon goût. Alors, aujourd’hui, j’ai envie de vider un peu mon sac.

  • – Tout d’abord, je voudrais une nouvelle fois m’insurger contre cette dissidence ubuesque qui existe depuis des décennies entre deux associations : l’aappma et l’aprn. Ceci a pour conséquence un découpage des rivières d’une incroyable complexité et bien sur, des systèmes de gestion différents, sans parler des « atteintes au portefeuille » induites. Je ne vais pas m’étendre sur le sujet par crainte de trop de virulence mais je trouve vraiment navrant que l’aprn ait refusé plusieurs fois la main tendue de l’aappma pour envisager une fusion demandée haut et fort par une grande majorité de pêcheurs. La pêche au pays basque y aurait beaucoup gagné et la tendance baissière des ventes de cartes de pêche serait certainement contrariée.
  • – Un point ensuite sur les quotas dont certains sont juste inouïs et scandaleux compte-tenu de la conjoncture. Figurez-vous en effet que sur la plupart des affluents de la Nive, l’aprn autorise encore les pêcheurs à prélever la bagatelle de 10 poissons par jour !!! Quand on sait que ces secteurs ont encore deci delà une population correcte de truites farios, il faut être inconscient pour laisser perdurer cette mesure d’une autre époque et qui anéanti les dernières ressources.
  • – Concernant la pollution, les Nives n’échappent pas au je-m’en-foutisme caractérisé de nos administrations. Celles constatées récemment sur la Nive d’Arnéguy en sont de tristes et flagrants exemples.
  • – Et bien d’autres problèmes, comme des canaux de dérivation qui assèchent quasiment des tronçons de rivières en périodes d’étiage et que personne ne veut voir.

 

Ceci étant dit, que faut t’il faire ?

En ce qui me concerne, il me semble que la seule solution consisterait à mettre en place un plan de grande ampleur pour sauver ce qui peut encore l’être. Ce plan devrait débuter par la fusion des deux associations, indispensable à l’édiction d’une gestion commune efficace et la fermeture complète de la pêche pendant une durée adéquate, accompagnée d’un ré-empoissonnement efficace effectué à partir de sujets prélevés dans le « chevelu ».

Des décisions de ce genre ont été prises dans certaines régions du pays basque espagnol. Nos décideurs auront-ils le courage et la volonté de s’en inspirer ?

L’avenir nous le dira mais je ne donne pas bien cher des Nives si rien ne bouge très rapidement ….

Pour finir toute de même sur une note enjouée, voici quelques photos prises ce week-end. Puissent un jour ces joyaux retrouver une population de salmonidés digne de leur grande beauté et de leurs atouts halieutiques !

LA NIVE DE BEHEROBIE

LA NIVE DES ALDUDES

LA GRANDE NIVE


14 Commentaires


  • hello
    bretagne,deux rivieres anéantie par pollution au lisier,manque d’eau récurent, que faire que dire.
    je n’entends pas grand monde manifesté leur colere.
    la population vie maintenant en ville ou ses abords proche et est de plus en plus détachée des choses de la riviere et de la peche.
    et pourtant on a jamais autant parlé d’écologie
    écologiste fantoche oui.

  • lilian CARLI

    je pratique les nives depuis 45 ans, constat:pollutions nitrate en hausse, pollutions par rejet de petit lait en hausse, braconnage des réserves en hausse.

  • Merci à tous pour vos commentaires.
    Cet article a été lu par plus de 1000 personnes, preuve de l’attachement que nous portons à ces magnifiques rivières.
    Mais je n’ai malheureusement reçu aucune réponse des associations et de la fédé, à qui cet article a été envoyé.
    Pour Patrick : ce fabuleux parcours situé entre l’hotel Arcé et le pont romain, j’en connais chaque caillou mais rares sont ceux d’entre eux qui abritent encore des truites …

  • HUMBLOT PATRICK

    Mes parents habitant Baigorri ,je pêche à la mouche les nives ,et ses gros affluents depuis mes vingt ans et j’ai cessé de tuer des poissons à 30.je viens d’avoir soixante deux ans et bien sur j’ai pris ma retraite au pays basque.Demeurant à uhart cize et ayant encore une bonne condition physique je pêche toujours très assidûment.Dés les années 80 avec mon cousin Serge Decompte nous avons noté une baisse constante du cheptel de salmonidés sur la grande nive puis les années passant sur la majorité de ses affluents notamment sur Baigorri: Les pêcheurs tuant les poissons montaient de plus en plus sur les têtes de bassin pour faire leur »quota » journalier.Nous avons assisté a plusieurs assemblée de l’aprn qui bien sur ne voulait rien entendre de nos arguments et bien souvent la discussion se terminait par la question récurrente d’un des membres du bureau: mais de ou vous êtes vous?Résultat? cette saison encore: 10 poissons de 20 cm par jour et par pêcheur sur toute la tête de bassin qui est la zone de reproduction et de grossissement.C’est désespérant de bêtise!!! L’aappma de la Nive au moins a pu mettre en graciation la nive de st jean pied de port jusque Biddaray pour trois ans et cette saison et peut être la derniére. Si ce secteur et ouvert l’an prochain sans être assorti d’une limitation drastique des prises et une augmentation très sensible de la taille de capture cette mise en no kill n’aura servi à rien ,sauf a restocker du poisson pour les viandards. Malgré tout on peut encore prendre quelques poissons mais il faut être tous les jours à la pêche pour espérer voir quelques gobages, ce qui n’est pas signe de capture ,car les quelques truites qui restent sont très sollicitées donc super méfiantes.j’espère un jour revoir la nive de baigorri comme je l’ai connue à mes 20 ans.Alors je pêchais entre chez Arcè et le pont romain, pas besoin de plus tellement il y avait de poissons.Sur ce constat négatif je garde encore espoir,de jeunes pêcheurs arrivent. Pourvu qu’il ne soit pas trop tard!

  • Bonjour, hélas je crois que ces sentiments sont partagés par tous les pêcheurs de france en Aveyron c’est la meme chose les canaux de dérivations assêche quasi totalement des portions entieres de rivieres sur la sorgue aveyronnaise a Fondamente la riviere passe derriere la Gendarmerie, je précise que cette derniere a fermer mais cela ne change rien pendant des années le secteur derriere cette gendarmerie a été asseché par le moulin mais bien sur rien ne se passe meme après des coups de tel a la fédération un courrier avec photos a l’appui aucuns retour . Voila la réalité des tailles minimum ridicules un nombre de prises autorisé excessif, une loi sur l’eau sélérate.Il est clair que nous ne sommes pas de le bon pays pour ce qui est de la protections des milieux aquatique.

  • raffort luc

    Salut Pierre
    Je n’ai malheureusement pas pu aller à l’ag de l’aapppma NIVE cette année…sait tu si les pêches électriques corroborent nos observations ?
    Je ne comprend pas non plus ce qu’il se passe….même après la crue on voyaient plus de poisson qu’aujourd’hui?
    Tous les spots deviennent des déserts et cela depuis qq années seulement…pourtant on construit des stations d’épurations et on est plus attentif à la qualité de l’eau,est ce que c’est déjà trop tard?ou nous cache t’on qq chose?
    On devient parano…..
    Ce n’est pas la météo ,avant je voyait gober les truites même en hiver,qu’il fasse 25 degrés ou zéro degrés !!!!

  • ephem63

    bonjour

    ce que je lis ,ne m’étonne pas ,actuellement en Auvergne depuis 9 ans ,pour mon travail j’ai du déménager plusieurs fois en France et j’ai pu remarquer et voir les mêmes signes partout ,de moins en moins de poissons déjà visible et pris ,moins d’eau qu ‘avant ,un vent froid et récurent même en été d’ou peu de gobage voire pas du tout,une pollution insidieuse récurrente , et pourtant des films sur la mouche avec des poissons énorme magnifié d’éclosion fabuleuse partout ,combien de pauvres pécheurs dégoûté , quelle misère pour moi qui est connu la mouche dans les années 1970 ,ou la c’était le contraire moins de blabla ,mais du poissons .

  • ice_daft

    Le pêcheur(à la Mouche) comprend la nature et sait ce qu’il y a à faire pour sauver nos rivières. Battons nous pour faire passer toute la France en double-maille, comme en Haute-Loire, merci!

  • LeGaulois

    Bonjour Pierrot, Dans votre article vous ne parlez pas du braconnage ! Pourtant il est une des causes de la disparition des truites. Je ne parle pas du petit braconnage mais du pillage de nos rivières . Pillage pratiqué par certaine population ( qu’il ne faut surtout pas citer ) qui a grands coup de filet vident tous les parcours No Kill . Cela aussi est une réalité qu’il faut combattre !

  • Le morvandiau

    Vos constats sont alarmants et malheureusement justifiés.

    Nos rivières se meurent.

    Je réside entre la cure et l yonne, cette année encore (malgré les efforts de l aappma de corbigny) Edf a une fois de plus saccagé 3 ans de travail avec le silence organisé de la fédération qui préfère vendre des cartes et percevoir des subventions d’EDF.

    Nos canne a mouche ne connaîtront bientôt plus que l’odeur de leurs étuis.

    Résistons !!!

  • Richard Pyrénées.

    Ô Gaves ô désespoir.
    4 jours de pêche sur tous les gaves ,mêmes causes mêmes effets , mêmes constats.Béarn et Pays Basque unis par la beauté et capacité d’accueil de leurs rivières mais également dans la mauvaise protection et gestion de celles-ci.

    Amicalement.

  • shadow81

    Bonjour Pierrot malheureusement,c’est un constat dans beaucoup de régions.Nous avons le recul pour voir les changements.Il faut le faire comprendre à la jeunesse.Rien n’est perdu,faut il que tous le monde bouge.Amicalement Shadow81

  • hello
    Tout cela est bien triste quand on connait le potentiel de ces rivieres.ont dira ce qu’on voudra a grand coup de film ,pub etc. les rivières françaises sont pour beaucoup a l’agonie et la palm va suivre.je suis breton ,on a longtemps assimilé et a juste titre la Bretagne et la pollution, elle n’est plus la seule concernée, étiages, pollutions, incivilité etc.
    il reste des ilots de rivières favorables a notre pratique mais pour combien de temps encore, la transition énergétique avec ses barrages risque de donner le coup de grâce a nos derniers paradis basques,bretons,et j’en passe.
    vous entendez des candidats aux élections parler d’environnement? PAS UN!!!
    ont entends pas non plus les pêcheurs dans les rues, tant que nous pleurerons nos rivieres entre nous,y aura aucune raison pour que les choses changent.

  • Levannier / Le Normand

    Désolant…
    Déjà que les panthères de la grande Nive n’étaient pas du genre facile, si en plus les populations sont exsangues!
    Il ne nous restera bientôt plus que la beauté des rivières et des paysages pour promener nos cannes, devenues inutiles au fil du temps.

    En Normandie, c’est catastrophique aussi, à cause du manque d’eau cette année, renforcé par le braconnage et le goût immodéré du normand pour la truite au beurre!

    Amicalement


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